La croissance et l’impulsion des stratégies sectorielles

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24/10/2016

Un pays ne peut être performant dans tous les secteurs économiques. Il doit faire des choix stratégiques et mettre toutes ses forces là où il dispose de facteurs clés de succès. Cette règle de bon sens a été établie depuis la naissance de la pensée économique, dont l’un des pères fondateurs fut l’économiste britannique de la fin du 18ème siècle, David Ricardo (1772-1823), qui a conçu la théorie de l’avantage comparatif et incité les nations à s’engager dans la division internationale du travail et le libre-échange. Cette règle économique est aujourd’hui encore plus d’actualité, dans un environnement international globalisé où les informations, les capitaux, les marchandises, les services et, dans une moindre mesure, les hommes circulent librement et à des vitesses de plus en plus vertigineuses.

Le Maroc a suivi cette voie. Des stratégies sectorielles ont été lancées dès l’année 2005, avec le plan Emergence qui priorise sept secteurs exportateurs (automobile, aéronautique, offshoring, électronique, transformation des produits de la mer, agroalimentaire, textile et cuir) puis le plan d’accélération industrielle pour la période 2014-2020 visant à créer des écosystèmes intégrés. D’autres plans sont venus se greffer à la stratégie d’industrialisation du pays pour en amplifier les effets sur l’investissement, la croissance, les exportations et l’emploi, comme le plan solaire porté par Masen, le plan intégré de l’énergie éolienne, le plan Maroc Vert pour moderniser le secteur agricole, la stratégie Halieutis pour développer le secteur des pêches maritimes et de l’aquaculture, la Vision 2020 du Tourisme pour faire du Maroc une des principales destinations touristiques de la planète, le plan Rawaj pour moderniser et développer le commerce et la distribution, la stratégie de développement de l’artisanat et Maroc Numeric qui est destiné à déployer le e-Gouvernement comme à généraliser l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Si ces stratégies industrielles et ces plans sectoriels ont permis de diversifier davantage l’économie marocaine et de trouver de nouveaux relais pour le développement des exportations en complément de l’industrie des phosphates, des engrais et des acides phosphoriques, les résultats affichés demeurent en deçà des attentes et ne permettent pas de compenser suffisamment le déclin des secteurs traditionnels, tels que le textile, l’habillement ou même le tourisme, ni de réduire drastiquement le déséquilibre de la balance commerciale. Par ailleurs, les effets d’entraînement des « métiers mondiaux » du Maroc sur l’économie, la croissance et l’emploi demeurent encore limités au regard de leur faible taux d’intégration, tandis que la création des écosystèmes n’a pas suffisamment produit d’externalités positives au profit du tissu des PME et TPE locales. Enfin, les investissements directs étrangers enregistrés dans ces filières posent une problématique de rendement effectif, en raison des sorties de devises au titre des dividendes qui commencent à impacter significativement la balance des paiements (15 Md DH de dividendes en 2014 pour un afflux d’IDE de 36,5 Md DH).

La politique économique qui permettra aux stratégies sectorielles de donner une plus grande impulsion à la croissance, doit être structurée autour de 10 décisions principales :

1. Mettre en place à un haut niveau de la hiérarchie de l’Etat et hors de la structure gouvernementale une fonction de planification stratégique, dont l’objectif est de construire une vision à long terme du modèle économique du pays servant de cadre de référence aux politiques économiques des gouvernements et permettant de prioriser les objectifs et d’optimiser l’utilisation des ressources.

2. Créer une institution indépendante chargée d’évaluer le rendement des plans sectoriels, leur phasage, leur cohérence d’ensemble et leur complémentarité, comme de proposer au moment opportun les ajustements nécessaires. Cette mission peut être confiée à une entité existante comme la Cour des comptes, mais requiert un renforcement de ses compétences humaines et une acquisition d’outils et de méthodes adaptés.

3. Tenir un discours de vérité et de responsabilité à l’endroit des filières condamnées à un déclin irréversible sous la pression de la concurrence internationale et leur proposer des plans de reconversion pour leurs unités de production, de redéploiement et de formation pour leurs personnels.

4. Mettre en œuvre une stratégie de spécialisation des PME sur des niches mondialisées ne nécessitant pas une haute compétence technologique, développer leur capacité à monter en gamme et à proposer du sur-mesure, construire des zones industrielles avec une agglomération de PME interconnectées, intégrées et reliées aux universités, aux centres de formation et aux associations professionnelles.
5. Réformer la diplomatie économique du pays et élaborer des plans ambitieux de redressement des balances commerciales bilatérales avec les pays (Etats-Unis, Egypte, Tunisie et Jordanie) ou espaces (Union européenne) signataires d’accords de libre-échange avec le Maroc et avec les grandes nations importatrices comme le Japon, le Royaume-Uni, le Canada, l’Inde, le Brésil, la Russie, l’Arabie Saoudite …
6. Conditionner et dimensionner les incitations accordées aux IDE suivant une évaluation rigoureuse effectuée sur la base d’une analyse coût/bénéfice des projets.

7. Doter le Maroc d’un secteur des transports performant et innovant susceptible de favoriser la circulation des personnes et le déplacement des marchandises : consacrer les moyens financiers indispensables à la rénovation des infrastructures de transport, en particulier dans le domaine ferroviaire, favoriser le fret ferroviaire de préférence au transport routier, moderniser le réseau routier national, accélérer le désenclavement des petites villes et des zones rurales éloignées, rendre plus efficace la gouvernance des transports dans les grandes métropoles, améliorer le confort et la sécurité des usagers dans les transports collectifs, trouver des solutions avec les élus locaux pour remédier à la congestion urbaine et réduire les embouteillages …

8. Conduire une politique énergétique qui permet de produire une énergie à la fois compétitive pour les entreprises et abordable pour les ménages, tout en devenant de plus en plus durable, et de préserver notre sécurité d’approvisionnement : plan de sauvegarde de la Samir et de modernisation de son outil de production, renégociation des contrats de délégation de la distribution de l’eau et de l’électricité et de l’assainissement, exploitation des 3446 km de côtes marocaines pour développer le secteur des énergies marines renouvelables regroupant l’énergie éolienne offshore, l’énergie houlomotrice (énergie des vagues), l’énergie hydrolienne (énergie des courants de marée), l’énergie thermique des mers, l’énergie osmotique (technique de séparation de l’eau douce et de l’eau salée par une membrane) et l’énergie marémotrice, acquisition d’une centrale nucléaire civile auprès d’un pays européen et transfert au Maroc du savoir faire technologique.

9. Réajuster les politiques sectorielles en vue d’une mise en conformité avec les engagements du Maroc pris dans le cadre de la Cop21 et Cop22.

10. Donner une impulsion d’une toute autre ampleur à la stratégie numérique : réduire la fracture numérique sur le territoire, lancer un plan de rattrapage numérique massif dans les administrations publiques et les PME, soutenir la création de startups et favoriser fiscalement l’activité des business angels qui les financent, notamment en instituant une taxation forfaitaire des revenus du capital, adapter l’éducation nationale à l’ère du numérique, orienter la formation continue vers les formations au numérique et à des reconversions de métiers transformés par le numérique, mettre en place une stratégie de cyber sécurité, etc.

Placer l’entreprise au cœur de la stratégie économique et donner une véritable impulsion aux plans sectoriels, sont les deux premiers axes de la politique économique que le prochain gouvernement doit conduire. Le capital financier étant le nerf de la guerre, le financement bancaire sera la troisième grande priorité de cette politique.

Les Ecos du 19 octobre 2016

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