La croissance et le financement bancaire de l’économie

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24/10/2016

Au même titre que le travail, le capital est un facteur de production indispensable au fonctionnement des entreprises, et le crédit bancaire permet de favoriser l’accumulation de capital par le recours à la dette nécessaire au financement des investissements, eux-mêmes générateurs de profits à venir et donc de capital. Dans ces conditions, la distribution de crédits bancaires est au cœur du processus de création de richesses par les entreprises et toute politique économique doit la favoriser. Or on constate que la machine à produire du crédit bancaire s’est enrayée dans notre pays depuis au moins quatre années : +12% d’augmentation de l’encours de crédits à l’économie sur la période 2000-2011contre +3.5% de 2012 à 2015, en moyenne annuelle. Cette évolution n’a pas été sans effet sur l’investissement des entreprises et sur la croissance économique.
Tout ou presque tout a été tenté, mais sans succès, pour relancer la production de crédits, qui reste jusqu’à présent rebelle à tous les remèdes qui lui ont été administrés par les banques, la banque centrale et le ministère de l’Economie et des Finances. Assouplissement des politiques de crédit, recours systématique aux organismes de garantie, réductions du taux directeur de Bank al Maghrib de 3% en septembre 2014 à 2.25% en mars 2016, élargissement du collatéral éligible aux opérations de politique monétaire aux effets représentatifs des créances privées sur les TPME, communication des scorings aux entreprises ou lancement de campagnes de communication, toutes ces décisions n’ont pas été en mesure d’inverser la tendance. Le gouvernement Benkiran II ne pourra donc relancer l’investissement privé et la croissance sans donner un coup de fouet au crédit bancaire, afin que les circuits économiques soient suffisamment alimentés en liquidités et que les projets soient correctement financés.

Une feuille de route construite autour de 10 mesures phares permettra d’atteindre cet objectif:

1. Faire cesser l’oligopole bancaire et favoriser l’implantation de banques étrangères au Maroc, notamment anglo-saxonnes et asiatiques, sans condition d’actionnariat marocain.
2. Veiller à une participation effective de l’ensemble des banques aux décisions du GPBM, dont la présidence doit être limitée à deux mandats successifs.
3. Renforcer le rôle et la responsabilité des administrateurs indépendants au sein des conseils d’administration des banques et désigner un représentant du personnel au sein de ces conseils.
4. Renforcer les obligations de communication financière et de transparence des banques (rémunération des dirigeants, identité des bénéficiaires des marchés, concentration des crédits et des créances en souffrance …).
5. Créer un Observatoire indépendant des taux d’intérêts débiteurs et créditeurs, des marges d’intermédiation bancaire et des facturations de commissions.
6. Rendre obligatoire la rémunération des dépôts à vue et en garantir l’application sans aucun plancher ni aucune limitation de solde.
7. Renforcer la protection des clients (charte bancaire de commercialisation des produits financiers, devoir de conseil incombant au banquier établi dans la loi bancaire, gratuité des frais de clôture des comptes à vue, plafonnement des coûts liés au rachat des crédits ou à la clôture des placements rémunérés, garantie du droit d’accès au compte et au service bancaire de base pour les personnes démunies, désignation obligatoire d’un médiateur par établissement bancaire …).
8. Décider d’un moratoire pour l’application de Bâle III, refonder les normes comptables sur des principes qui ne se résument pas à la référence à la valeur instantanée de marché et tempérer l’application des normes IFRS basées sur le concept de «fair vaue» dans la détermination des fonds propres réglementaires.
9. Refonder la politique monétaire en établissant des règles de transparence politique, économique, procédurale et opérationnelle, élargir la mission de la banque centrale à la stabilité économique, au soutien à la croissance et à la sauvegarde de l’emploi, moderniser le fonctionnement du Conseil de Bank al Maghrib et renforcer la coordination entre les politiques monétaire et budgétaire.
10. Créer une banque publique d’investissement (BPI) conjointement détenue par l’Etat et la CDG, avec une doctrine d’intervention basée sur 3 lignes de métiers : le financement bancaire (crédits à moyen et long terme et crédits de trésorerie), la garantie et l’investissement en fonds propres à travers des participations directes au capital de PME, ETI, GE et d’entreprises innovantes ou opérant dans l’énergie solaire et les autres énergies renouvelables, des fonds d’investissement en capital amorçage, capital-risque, capital développement et capital retournement, ainsi que des fonds de fonds.

La politique économique que je propose est de nature à faire redémarrer les crédits bancaires, permettant ainsi aux entreprises et aux ménages de recourir à nouveau à l’endettement bancaire pour financer leurs investissements, leurs logements et leurs biens de consommation durable. Un apport en fonds propres de 25 milliards de dirhams et une levée de fonds avec la garantie de l’Etat d’un montant équivalent sur les marchés financiers et auprès des institutions financières et bancaires internationales (BEI, Banque Mondiale, BAD, Kfw, Bpifrance …), permettraient à la BPI de disposer d’une capacité d’intervention en financement et en fonds propres de 50 milliards de dirhams, le tout pour le plus grand bonheur des startups, des entreprises innovantes, des sociétés exportatrices et des grands projets menés dans les secteurs stratégiques pour l’économie marocaine ou pour le compte de l’Etat.

Les Ecos du 20 octobre 2016

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