Les sept pêchés capitaux du gouvernement El Othmani

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18/09/2017

Etablir dés à présent un diagnostic de l’action du gouvernement El Othmani pourrait être considéré comme un procès d’intention. Certains de mes amis intellectuels non étiquetés politiquement me disent qu’il faut donner sa chance à cette nouvelle équipe et la juger en temps opportun sur ses actes et ses résultats. Qu’il en soit ainsi ! Même si des signes avant-coureurs annoncent déjà une faillite politique et économique à venir : la gestion catastrophique du dossier du Rif et la vacuité de la loi de finances 2017, montrent déjà la légèreté et l’incompétence de certains hauts responsables gouvernementaux ! Ce précoce exercice d’évaluation me serait, à titre personnel, d’autant plus interdit que j’appartiens à une famille politique qui a été exclue d’autorité de la coalition gouvernementale, au motif fallacieux d’une déclaration malencontreuse de son contesté secrétaire général, et ce en dépit de sa prédisposition naturelle à en faire partie, des grandes compétences managériales qui la caractérisent, de sa longue expérience dans la conduite des affaires de l’Etat et de son attachement permanent à l’institution monarchique. En somme, une sorte de répudiation unilatérale et violente que l’élite Istiqlalienne vécut douloureusement. Davantage que l’esprit de raison, le goût de l’amertume serait, pensent-ils, le moteur de cette évaluation. Et bien non ! Ils se trompent copieusement. Je me refuse à cette autocensure drapée de bons sentiments et je me risque à livrer à mes concitoyens le fond de ma pensée, une pensée lucide construite sur des faits avérés au terme de 3 mois de gouvernance et appuyée d’une argumentation solide. Et puis ceux qui ont coutume de me lire ou de m’écouter trouveront dans cette tribune la continuité de mon mode de pensée.

Le pêché originel

Le gouvernement El Othmani sera durant toute sa mandature, ou le temps qu‘elle durera, souillé de la marque d’un pêché originel, celui des conditions de sa genèse. Pour masquer cette souillure, Saad-Eddine El Othmani a jugé nécessaire lors de son discours d’investiture d’asséner sans grande conviction que son gouvernement était « fort ». Sans doute que El Othmani était, ce jour là, l’unique ou l’un des très rares Marocains à croire à une telle fable ! Nul observateur averti de la vie politique marocaine ne pouvait ignorer que cette affirmation révélait en réalité une grande fébrilité de sa part liée aux énormes couleuvres qu’il dût avaler pour former son équipe, créant un front de contestation interne au sein même du PJD, savamment orchestré par son actuel secrétaire général, ainsi qu’une vague de scepticisme auprès de l’opinion publique. Face à six mois de blocage institutionnel et devant l’obstination des principales formations politiques, fédérées par le RNI, à refuser de servir d’appoint à une simple majorité numérique sans contrat de gouvernement et sans projets en commun, il eût été préférable pour la clarté du débat politique au Maroc et pour la crédibilité des dirigeants politiques, que le PJD se retira de la course au leadership gouvernemental et qu’une majorité alternative se forma sous la conduite d’un haut commis de l’Etat ou dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale composé de représentants crédibles des grands partis politiques et de leaders d’opinion de la société civile. Malheureusement, il en fût autrement et la realpolitik repris son cours normal.

Un programme gouvernemental de simple continuité

Le programme gouvernemental, censé être une synthèse des programmes électoraux de six formations politiques dont les choix respectifs sont souvent aux antipodes, a été construit et présenté en quelques jours après la constitution du gouvernement puis approuvé sans heurts à une courte majorité de 208 députés. Sans doute que la mise en conformité de ce programme avec les choix structurants de l’institution monarchique relayés à travers les puissants ministères régaliens et les omniprésents ministres de souveraineté, aura été l’argument majeur de cette simple formalité du vote de confiance parlementaire. Mais l’embêtant dans cette histoire, c’est qu’il ne s’agit nullement d’un programme de rupture. Le choix assumé est clairement de s’inscrire dans la parfaite continuité de la politique menée par le gouvernement sortant et par les gouvernements précédents. Le programme n’est ni réformateur, c’est-à-dire un programme qui identifierait lucidement toutes les faiblesses structurelles de l’économie marocaine, réinventerait son modèle de développement et entreprendrait courageusement les réformes nécessaires, fussent-elles douloureuses, impopulaires ou contraires aux intérêts catégoriels et aux privilèges des thuriféraires de l’économie de la rente. Ce n’est pas non plus un programme progressiste qui ambitionnerait de donner plus de pouvoir aux citoyens de la cité, plus d’égalité de chances et de ressources financières aux petits entrepreneurs, plus de droits aux travailleurs dans l’entreprise et plus d’autorité aux institutions de contre-pouvoir. C’est en réalité un programme néo-libéral qui consolide les situations oligopolistiques et qui érige en dogme la lutte à marche forcée contre les déséquilibres macroéconomiques et, sous couvert de petites mesures de saupoudrage social, suggère de répondre favorablement et sans condition aux multiples demandes du patronat, même les plus extravagantes comme les exonérations fiscales ad vitam aeternam, en espérant que celui-ci daigne investir et embaucher sur le territoire national.

Une équipe de gouvernement fragilisée

Assez rapidement après la nomination du Chef de gouvernement, dans le respect de la lettre et de l’esprit de la Constitution, les membres de son équipe furent à leur tour désignés. Tout le monde aura noté que ce gouvernement, à l‘instar des précédents, est pléthorique, étant composé de 39 ministres, ministres délégués et secrétaires d’Etat. Comme il fut constaté à regret qu’il est dépourvu d’une structuration par grands pôles homogènes, gage d’une certaine efficacité et d’une gestion rationalisée des deniers publics, à l’exception d’un super ministère de la connaissance et du savoir (Education nationale, formation professionnelle, enseignement supérieur et recherche scientifique), qui est dévolu à un haut commis de l’Etat et ancien ministre technocrate de l’Intérieur. Plusieurs ministres du gouvernement sortant ont été reconduits dans les mêmes fonctions ou à la tête d’autres départements en dépit de résultats peu glorieux, soulevant des interrogations sur le sens à donner dans notre pays aux principes de méritocratie et de reddition des comptes en matière de gouvernance publique. Nombreux sont les nouveaux arrivants au gouvernement, qui sont autant d’anonymes pour le grand public, peu expérimentés, dépourvus de tout fait d’armes particulier dans leur domaine de responsabilité et parfois incultes dans la langue officielle du pays. Sans oublier les cas des ministres reconduits ou nommés pour la première fois, malgré le tollé qu’ils ont suscité auprès de l’opinion publique en lien avec leur présumée implication dans des affaires éthiques, délictuelles voire criminelles (mauvaise gestion communale, attribution injustifiée de réserves foncières publiques, lourds redressements fiscaux, bigamie). Tout en reconnaissant la primauté du principe de présomption d’innocence, certaines nominations au sein de l’équipe gouvernementale seraient de nature à indisposer nos compatriotes et à leur donner l’impression que les tractations gouvernementales dans notre pays ne s’encombrent pas outre mesure de futiles principes d’éthique politique.

Une structure de gouvernement incohérente et déséquilibrée

L’analyse des composantes partisanes du gouvernement selon le critère de l’attribution budgétaire, révèle un déséquilibre profond dans le partage des responsabilités. Le premier parti marocain en termes de suffrages et de députés, joue un rôle limité dans la conduite de la politique gouvernementale. En effet, le PJD dirige numériquement le plus grand nombre de ministères (11 au total) mais d’importance relative pour la plupart dans la hiérarchie budgétaire, à l’exception d’un seul département de premier ordre (le ministère de l’Equipement, du transport -hors aérien-, de la logistique et de l’eau, dont le budget annuel atteint 11.1 milliards de dirhams). Le PJD ne supervise au total que 15.0 milliards de dirhams soit moins de 6% du budget général de l’Etat (BGE). Quant aux principaux centres de décision budgétaire, ils sont entre les mains des ministères et ministres de souveraineté qui totalisent plus de 119.6 milliards de dirhams soit prés de 48% du BGE (dont 54.4 milliards pour l’Education nationale, 33.8 milliards pour l’Administration de la défense nationale et 23.9 milliards pour l’Intérieur) et, dans une moindre mesure, entre ceux du RNI avec 26.1 milliards au total dont 12.5 milliards pour l’Agriculture et la pêche maritime, compte non tenu des 36.8 milliards de charges communes de fonctionnement et des 27.4 milliards au titre des dépenses des intérêts et commissions de la dette publique, qui sont gérés par le ministère de l’Economie et des finances, placé également sous l’escarcelle du RNI. Représentant un poids budgétaire plus élevé que le PJD, le modeste PPS avec ses 12 députés et ses 2 ministres (plus une secrétaire d’Etat) gère 16.1 milliards de dirhams, dont 14.3 milliards dans le seul ministère de la Santé.
Méthodologie de calcul du poids budgétaire des partis politiques :
- Les réalisations budgétaires de l’année 2016 ne sont pas prises en considération, car elles ne concernent pas la structuration du présent gouvernement. Ce sont donc les chiffres budgétés dans la loi de finances 2017 qui constituent la référence.
- Seules sont prises en compte les dépenses de fonctionnement et d’investissement inscrites dans le budget général de l’Etat. Sont donc occultées les dépenses figurant dans les comptes spéciaux du Trésor, les comptes d’affectation spéciale et les SEGMA, dont le suivi et l’affectation par département ministériel sont plus délicats.
- La totalité du budget d’un secrétariat d’Etat ou d’un ministère délégué est attribuée au ministère de tutelle, car il est impossible de procéder à une répartition cohérente entre les titulaires de ces trois niveaux de responsabilité. La totalité de l’enveloppe budgétaire est affectée au ministre de plein exercice car il est le premier responsable de la mission concernée.
- En principe, la primature ne doit pas être considérée comme un ministère car elle concerne la coordination de l’ensemble du gouvernement. Le poste de Chef de gouvernement ne peut être appréhendé comme un ministère supplémentaire. Le PJD n’a donc que 11 ministères sous sa responsabilité et le budget du Chef de gouvernement, qui est de 1.109 milliard DH, ne devrait pas être comptabilisé car il devrait être réparti sur l’ensemble des 39 ministères, ministères délégués et secrétariats d’Etat du gouvernement selon des clés qui restent à définir. Mais par souci de simplification et pour une compréhension aisée des lecteurs, le budget du Chef de gouvernement est affecté à 100% au PJD.
- Les budgets gérés par le PJD :
Saâd-Eddine El Otmani : Chef du gouvernement = 1109.6 M DH
Mustapha Ramid : Ministre d’Etat chargé des Droits de l’Homme = 35.7 M DH
Aziz Rebbah: Ministre de l’Energie, des mines et du développement durable = 1536.5 M DH
Abdelkader Amara : Ministre de l’Equipement, du transport, de la logistique et de l’eau = 11050.9 M DH Bassima El Hakkaoui: Ministre de la Famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social = 637.8 M DH
Mohamed Yatim: Ministre de l’Emploi et de l’insertion professionnelle = 524.4 M DH
Lahcen Daoudi: Ministre délégué chargé des Affaires générales et de la gouvernance = 60.1 M DH Mustapha El Khalfi: Ministre délégué chargé des Relations avec le parlement et la société civile = 38 M DH
Najib Boulif: Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Equipement, chargé du transport = 0
Jamila El Moussali: Secrétaire d’Etat auprès du ministre du tourisme, chargée de l’artisanat et de l’économie sociale = 0
Khalid Samadi: Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education, chargé de l’enseignement supérieur = 0
Nezha El Ouafi, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Energie, chargée du développement durable = 0
Soit un total budgets PJD de 14993 M DH ou 5.97% du BGE .
Les budgets gérés par le RNI/UC :
Mohamed Aujjar : Ministre de la Justice = 4200 .2 M DH
Mohamed Boussaïd : Ministre de l’Economie et des finances = 2726.3 M DH
Aziz Akhannouch : Ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts = 12511.2 M DH
Mohamed Sajid : Ministre du Tourisme, du transport aérien, de l’artisanat et de l’économie sociale = 1317.1 M DH
Moulay Hafid Elalamy : Ministre de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique = 2714.7 M DH
Rachid Talbi Alami : Ministre de la Jeunesse et des sports = 2607.3 M DH
Mbarka Bouaida: Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’agriculture, chargée de la pêche maritime = 0
Lamiaa Boutaleb : Secrétaire d’Etat auprès du ministre du tourisme, chargée du tourisme = 0
Othmane El Ferdaous : Secrétaire d’Etat auprès du ministre du commerce et de l’Industrie, chargé de l’Investissement = 0
Soit un total budgets RNI de 26077 M DH ou 10.38% du BGE.
-Les budgets gérés par les ministères et ministres de souveraineté :
Nasser Bourita : Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale = 3558.2 M DH
Abdelouafi Laftit : Ministre de l’Intérieur = 23855.5 M DH
Mohamed Hassad : Ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique = 54407.6 M DH
Mohamed El Hajjoui : Secrétaire général du gouvernement = 79.9 M DH
Ahmed Toufiq : Ministre des Habous et des affaires islamiques = 3948.9 M DH
Abdellatif Loudiyi : Ministre délégué chargé de l’Administration de la défense nationale = 33845.2 M DH
Soit un total budgets ministères et ministres de souveraineté de 119695 M DH ou 47.63% du BGE.

Un déni de réalité

Le programme gouvernemental dans sa dimension économique et sociale passe sous silence le nécessaire devoir d’inventaire. Il veut donner l’illusion que l’économie marocaine fonctionne bien et qu’il suffit de poursuivre les chantiers déjà engagés pour relever les défis d’avenir et atteindre le stade de l’émergence. Ceci est totalement faux, comme le montrent opportunément le Mémorandum 2017 de la Banque Mondiale sur le Maroc et les différents rapports d’évaluation du FMI, et bien avant eux les rapports de nos propres institutions d’analyse et d’évaluation comme la Cour des comptes, Bank al Maghrib, le Haut Commissariat au Plan et le Conseil Economique, Social et Environnemental. La démarche politique du gouvernement relève d’une tentative désespérée de travestir la vérité pour distraire les citoyens des grands sujets économiques où l’échec de la gouvernance publique est patent. La conviction de tous est désormais acquise que le Maroc a plus que jamais besoin d’un gouvernement qui regarde les réalités en face et qui ne les nie pas. Un gouvernement qui reconnaît enfin que l’économie marocaine est fragilisée par le faible rythme de la croissance, de surcroît peu inclusive, entraînant une vulnérabilité prononcée et une volatilité extrême des équilibres macroéconomiques, une hausse vertigineuse du chômage, notamment des jeunes diplômés, un taux d’activité extrêmement faible, un élargissement des disparités sociales et une dégradation des risques bancaires et de la défaillance des entreprises, en particulier des PME et TPE. Un gouvernement qui prend conscience que l’intervention publique en termes d’investissement et de redistribution pour suppléer les carences du secteur privé et réguler les externalités négatives du marché, reste d’une efficacité limitée en raison du retard considérable enregistré dans la réforme de l’Etat et la lutte contre la corruption, des contreperformances quasi structurelles du portefeuille public et du rendement limité de l’impôt en dépit d’une pression fiscale apparente élevée. Un gouvernement qui mesure bien les risques liés au poids de la dette publique, laquelle atteint un seuil insoutenable sans pour autant réparer les fêlures de la société et sans préparer suffisamment le pays aux enjeux technologiques et environnementaux d’avenir. Un gouvernement qui a le courage de s’adresser et de proposer des perspectives aux 13 millions de Marocains inactifs, aux 1.3 million de citoyens au chômage, aux 1.6 million en situation de pauvreté absolue et aux 4.2 millions en situation de vulnérabilité, aux 2.4 millions travaillant dans l’économie informelle sans aucune protection sociale, aux 1,7 million de Neets (jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ne sont pas scolarisés, n’ont pas d’emploi ou ne sont pas en formation).

Une litanie de vœux pieux

Le projet économique du gouvernement se présente sous la forme d’une série de mesures ou de dispositions prétendues comme telles, qui se succèdent les unes aux autres dans une longue litanie monotone. S’exonérant du moindre effort d’ordonnancement selon une cohérence générale et un fil conducteur, ni même d’une simple numérotation basique facilitant le suivi de la mise en œuvre de chaque mesure, il s’agit d’une sorte de « catalogue » où chacun pensera pouvoir puiser un élément de programme suivant sa préoccupation ou son centre d’intérêt. En réalité, il n’en est rien. Ce sont prés de 450 mesures ou pseudo mesures dont un bon tiers au moins n’est en fait qu’un ensemble de vœux pieux, d’orientations générales, de déclarations d’intention, d’objectifs et d’annonces de programmes ou de stratégies à venir. Par ailleurs, les engagements de projets et de dépenses d’investissement ne font l’objet d’aucun chiffrage budgétaire, ni d’aucun plan de financement, laissant planer le doute sur leur faisabilité, et donc sur la crédibilité globale du programme gouvernemental. Le projet de gouvernement fait aussi une confusion délibérée entre les chantiers déjà lancés par le gouvernement Benkirane et les siens. La revendication d’une continuité dans la politique générale ne doit pas dispenser les ministres d’un effort de clarté et de transparence en vue d’une reddition des comptes le moment venu. Les citoyens doivent pouvoir identifier facilement ce qui relève du parachèvement des projets déjà lancés et ce qui constitue la valeur ajoutée intrinsèque à la nouvelle équipe. Enfin, la déclaration de politique générale de Saad-Eddine El Othmani évite soigneusement de s’aventurer dans ce qui est le plus complexe en matière de gouvernement, à savoir choisir et assumer devant les citoyens ces choix. Car, en effet, la question décisive pour tout gouvernement n’est pas tant celle des mesures à mettre en œuvre que celle de leur ordre de priorité, de leur articulation, de leur financement et de leur calendrier.

Des objectifs économiques et sociaux timorés

Le gouvernement El Othmani annonce quelques objectifs économiques, qui peuvent sembler intéressants au premier abord. Il s’agit notamment du taux de croissance annuelle à porter dans une fourchette comprise entre 4.5% et 5.5%, du déficit public à contenir dans la limite de 3% du PIB, de la dette du Trésor Public à réduire à moins de 60% du PIB, du taux d’inflation à maintenir en dessous de 2% ou du taux de chômage à baisser à 8.5%. En réalité, il n’en est rien car ces indicateurs sont trompeurs et le point de fixation du curseur de l’objectif est insuffisamment ambitieux pour transformer la vie des Marocains. Fixer un objectif de taux de croissance économique global n’a pas de sens dans un pays comme le Maroc, où la volatilité de la production agricole est élevée du fait des fluctuations des précipitations d’une année sur l’autre. Le plan Maroc Vert, qui vise notamment à moderniser le secteur agricole et réduire la dépendance de l’économie nationale aux aléas de la pluviométrie, demeure dans l’incapacité de mettre fin à cette volatilité. Il eût été plus pertinent de fixer des objectifs plus fins et plus ambitieux en termes de croissance des secteurs non agricoles, où l’Etat investit des sommes colossales pour porter des stratégies sectorielles : plan Emergence, plan d’accélération industrielle, plan solaire, plan intégré de l’énergie éolienne, stratégie Halieutis, Vision 2020 du Tourisme, plan Rawaj, stratégie de développement de l’artisanat, Maroc Digital 2020, … Un scénario volontariste de croissance forte de plus de 6% par an pour les secteurs non agricoles, fait consensus auprès des économistes. Mais pour y parvenir, et c’est là où réside toute la difficulté de gouverner, l’équipe El Othmani doit démontrer sa capacité à accroitre les gains de productivité de l’économie marocaine, à améliorer le taux d’activité de la population et à accumuler davantage de capital immatériel humain, institutionnel et social. En matière de dette publique, le projet gouvernemental est largement insuffisant face aux enjeux réels, car il masque une particularité des finances publiques marocaines où l’essentiel de l’investissement public (190 milliards de dirhams en 2017) est assuré par les établissements et entreprises publics –EEP- (107 milliards), dont la dette globale atteint 243 milliards de dirhams (hors dette sociale). La conséquence de cette situation est implacable : un lourd fardeau financier porté par l’Etat pour le compte du portefeuille public (253 EEP), dont il garantit le remboursement des crédits octroyés par les institutions financières et bancaires étrangères. La dette du Trésor représente 655 milliards de dirhams en 2016 mais la dette publique atteint 827 milliards ou 81.8% du PIB, compte tenu de la dette garantie qui se chiffre à plus de 172 milliards. Le programme économique du gouvernement ne dit mot sur l’objectif de réduction de l’endettement public, donc de la dette des EEP, ni sur la manière avec laquelle ces dettes seront réduites. Aucun plan d’urgence n’est proposé pour améliorer le pilotage stratégique des EEP, assainir leur gestion et redresser leur situation financière, dont le coût financier cumulé pour l’Etat sur 12 années (2005-2016) a atteint la bagatelle somme de 128.6 milliards de dirhams (239.1 milliards de transferts budgétaires contre 110.5 milliards seulement de dividendes et produits provenant des EEP). Aucun dispositif concret n’est annoncé pour mieux encadrer les 7 grands EEP qui représentent plus de 97% de la dette du portefeuille public, à savoir l’ONEE (56.1 milliards de dirhams), l’OCP (54.7 milliards), la CDG (41.1 milliards), ADM (39.9 milliards), l’ONCF (24.0 milliards), TMSA (11.5 milliards) et MASEN (9.7 milliards).

Fécondé au prix de sept pêchés capitaux, le gouvernement El Othmani est condamné, par construction, à un échec politique et économique. Sans en être le seul artisan, certes, la gestion du dossier d’El Hoceima est une démonstration éclatante de cet échec. Les gouvernements et les ministres vivent au rythme des aléas de la vie politique. Quant à l’institution monarchique, elle incarne la continuité de l’Etat. Et lorsque les symboles de l’Etat commencent à être touchés, lorsque le triptyque « Dieu, la Patrie, le Roi » et le drapeau national commencent à être écornés, le danger guette. Le gouvernement doit être considéré comme un collectif qui se doit de représenter la société marocaine dans toute sa diversité. Or ce gouvernement pâtit aujourd’hui d’une triple défiance : celle des électeurs marocains qui ont voté aux législatives du 7 octobre 2016 du bout des lèvres avec un taux d’abstention record de plus de 75%, celle des populations du Rif qui lui adressent quotidiennement leurs protestations et, enfin, celle du Roi Mohammed VI qui a exprimé lors du conseil des ministres du 25 juin dernier « sa déception, son mécontentement et sa préoccupation » concernant les retards importants enregistrés dans la réalisation du programme Al-Hoceima Manarat Al Moutawassit et qui a ordonné une enquête à cet effet. Ce sont donc trois facteurs suffisamment lourds pour justifier un large remaniement ministériel dans une démarche politique volontariste et proactive, et éviter à notre pays une crise politique profonde et un changement gouvernemental contraint.

Medias24 le 30 juin 2017

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